COMMUNIQUÉ DE PRESSE IBFAN
10 MAI 2002


Les laits industriels pour nourrissons sont-ils des produits fiables?

Décès, en Belgique, d’un bébé âgé de 5 jours, nourri au lait industriel pour nourrissons

Le décès récent par méningite d’un bébé de 5 jours soulève des questions importantes concernant l’étiquetage et la promotion des substituts du lait maternel ainsi que la compétence des dispositifs de contrôle des produits mis sur le marché. Ces thèmes sont précisément discutés à la conférence du Codex Alimentarius à Halifax, en Nouvelle Ecosse, où se sont rendus des représentants de IBFAN (International Baby Food Action Network, le Réseau International des Groupes d’Action pour l’Alimentation Infantile).

L’enfant est né en bonne santé dans un hôpital d’Alost en Belgique et a été nourri au lait industriel pour nourrissons «Béba 1» de Nestlé.

Rapidement après avoir quitté l’hôpital, à l’âge de 5 jours (temps habituel d’hospitalisation pour un accouchement en Belgique), il est devenu malade et ses parents l’ont conduit à la clinique universitaire de Gand. Il y est décédé quelques heures plus tard, le 16 mars, d’une méningite.

Sa famille a contacté un membre d’IBFAN quand elle a réalisé que le décès était attribué à la bactérie Enterobacter Sakazakii, une bactérie très résistante que l’on peut trouver dans du lait en poudre.

En avril 2002, la « Food and Drug Administration » (FDA) des Etats-Unis publiait un communiqué déclarant qu’une étude avait fait état d’une contamination par Enterobacter Sakazakii dans 14% de boîtes de lait en poudre pour nourrissons (cfr lettre sur le site web de la FDA). On y mentionnait une « affaire belge » datant de 1998 qui avait entraîné des maladies chez un certain nombre d’enfants et la mort de 2 nouveau-nés. L’avis d’alerte de la FDA préconisait de ne pas donner de lait industriel en poudre aux enfants séjournant dans des services néonatals mais faisait aussi remarquer que des risques existaient pour les enfants sains, certains d’entre eux ayant développé une maladie en lien avec cette contamination.

L’avis d’alerte mentionnait également ce qui suit :

« Pour rappel d’information aux professionnels de santé, la FDA tient à souligner le fait que le lait en poudre pour nourrissons n’est pas un produit commercial stérile. Le lait en poudre pour nourrissons est chauffé lors du processus de fabrication mais, contrairement aux laits commercialisés sous forme liquide, il n’est pas soumis à de hautes températures suffisamment longtemps que pour rendre stérile le produit fini et conditionné ».

Le 2 mai, presque 7 semaines après la mort du bébé, l’Agence Fédérale belge pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire a demandé à Nestlé Belgilux de retirer du marché, par mesure de précaution, deux lots de boîtes de 900 grammes de Beba 1 (les lots DEXCPIKA et DEXCPIKB, date d’expiration 02/2003). Nestlé a diffusé un communiqué concernant ce retrait dans les journaux. La télévision a également fait mention de cette mesure.

Un article de journal a rapporté la colère du père du bébé quand il avait appris que les parents des bébés décédés en 1998 n’avaient jamais été informés de la cause du décès de leurs enfants.

Au journal télévisé de 22H30, le 2 mai, le porte-parole de la firme Nestlé, Cédric de Prelle a déclaré que le niveau de contamination était bien inférieur à la norme internationale tolérée de 4 bactéries sur 100 grammes ; que le lait en poudre n’est pas un produit stérile ; et que « les germes présents dans le produit aident à la fabrication d’anticorps ».

Les lots en question ont été produits par Nestlé à Kapeln en Allemagne. Nestlé prétend qu’il a été distribué uniquement en Belgique et en Suisse, mais par précaution le produit a été aussi retiré du marché au Luxembourg (bien que les consommateurs luxembourgeois n’en aient pas été informés).

Dans des cas précédents, la cause de la contamination avait été très difficile à déceler et les firmes n’avaient admis ni l’étendue du problème ni les voies de contamination (note 1).

Cette affaire a une portée importante sur les discussions actuelles concernant l’étiquetage, les allégations en matière de santé et l’évaluation des risques. Elle démontre la nécessité de mettre en place des systèmes de surveillance centralisés et financés par des fonds publics (note 2).

Elle illustre également les risques d’une promotion et d’une idéalisation de l’alimentation artificielle qui décourage l’allaitement maternel au profit d’une utilisation inutile de substituts du lait maternel (note 3 ).

Il est urgent de veiller à ce que l’étiquetage des produits soit améliorée et que les services de santé informent les parents de façon vraiment indépendante. Si un faible degré de contamination est susceptible de nuire à la santé, les étiquettes devraient mentionner que le produit n’est pas stérile, qu’il peut contenir des bactéries qui se développent dans certaines conditions et peuvent devenir nuisibles.

Graham Ross, conseiller juridique d’IBFAN a émis cette opinion : « Même si les producteurs ont respecté les normes les plus strictes, les lois sur la responsabilité en matière de production exigent des avertissements clairs, surtout concernant des produits comme les laits pour nourrissons pour lesquels les consommateurs sont en droit d’être informés sur tous les niveaux de risque. »

Pour informations :

GIFA Geneva Infant Feeding Association. Tel +41 22 798 9164

Els Flies, Vereniging Begeleiding en Bevordering van Borstvoeding
(VBBB-Belgian IBFAN group) +32 (0)3 2817313 ou 32 (0)3 6771318
(communiqué de presse en français et en néerlandais sur le site http://www.vbbb.be

Patti Rundall, Baby Milk Action,23 St Andrew’s St, Cambridge, CB2 3AX, UK.
Tel :+44(0) 1223 464420 fax : +44 (0) 1223 464417 Mobile :+44 (0) 7786 523493

Elisabeth Sterken, INFACT Canada, 6 Trinity Square, Toronto, ON, M5G1B1
Tél : +1(416)595 9819 Fax : +1(416)591 9355.

NOTES AUX EDITEURS

  1. En janvier 1997, les autorités du Royaume Uni ont demandé à la firme Milupa/Nutricia de retirer du marché le lait pour nourrissons Milumil, suite au fait qu’un certain nombre d’enfants nourris de ce lait avaient été contaminés par une forme rare de salmonelle dénommée Salmonella anatum. Milupa fit alors des déclarations contradictoires et trompeuses, prétendant que le problème était limité au Royaume Uni, que le lien de cause à effet n’était pas réellement établi et que les autorités britaniques avaient exagéré le problème. En février les autorités françaises ordonnaient le retrait du marché du lait Lemiel 2. L’usine Milupa de Colmar, en France, fut fermée pendant une semaine pour désinfection sans que la source de contamination ne soit trouvée (cfr « Nutricia dissimule les risques de salmonellose - les parents sont maintenus dans l’ombre » Baby Milk Action Update 20 février 1997). Monsieur Klaas de Jonge,directeur de Nutricia niait le fait que l’usine puisse être en cause ou que d’autres produits puissent être contaminés. Il insinuait que, comme depuis janvier 1997 la firme n’achetait plus de lait provenant de fermes françaises ou hollandaises, le problème était circonscrit. Les autorités françaises et la Commission Européenne ont alors admis que les matières premières utilisées en France et au Royaume Uni se retrouvaient également sur le marché en Belgique, Italie et Hollande.

  2. En 1985 quand l’usine Farley a été contaminée par Salmonella, il a fallu des mois avant de trouver la source de contamination : des trous dans un dispositif de ventilation qui causaient une contamination intermittente. Cette salmonelle ne fut retrouvée que dans 4 conditionnements du produit sur 267. Mais l’usine fut temporairement fermée.(Lancet, 17 oct.1987). A l’époque, Mr Leslie Turnberg, président du Laboratoire de santé publique du Royaume Uni (PHLS) émettait ce commentaire: « Il est évident que la surveillance des maladies contagieuses est d’une importance vitale vu la croissance globale de ces maladies et la menace de la résistance aux antibiotiques… Cela dépasse la compétence du PHLS et l’identification particulièrement rapide de la cause de l’épidémie récente de salmonellose dans le lait en poudre pour bébés a sans aucun doute protégé plusieurs bébés de la maladie. »

  3. Le produit Beba a été promu en Belgique par la distribution d’échantillons gratuits de Beba 2 dans les services de santé. Nestlé a par ailleurs été condamné pour publicité agressive des produits Beba 2, en Hongrie, en envoyant des échantillons gratuits aux jeunes mères après avoir obtenu leurs coordonnées dans les registres de naissance (cfr Baby Milk Action, Campaign for Ethical Marketing action sheet October 1999, où l’on peut voir des reproductions des supports promotionnels).